MAO : ce qu’il faut savoir avant de se lancer…

Par Karim E., Community Manager chez Materiel.net, grand curieux des arts numériques et touche à tout désordonné (sauf pour trier ses musiques sur Spotify). Mélomane amoureux du Rock Psyché des années 60’ et du Gangsta rap des années 90’, il pratique la MAO depuis 9 ans.

ouverture764

Depuis une dizaine d’années, la MAO, ou Musique Assistée par Ordinateur (à ne pas confondre avec le « grand timonier » chinois), s’est massivement démocratisée. À condition de faire les bons choix matériels (physiques et numériques) dès le début, il est assez facile de se lancer. Débutants ou lecteurs curieux, cet article devrait vous permettre d’en savoir plus.

Pendant longtemps, l’accès à la production musicale était réservé aux professionnels et aux quelques génies autodidactes capables de faire sonner trois casseroles comme un orchestre. Deux freins majeurs empêchaient le grand public comme vous et moi de se lancer dans un petit studio à la maison.
La barrière matérielle tout d’abord. Produire de la musique représentait un coût élevé. Sans compter les instruments, il fallait posséder des machines spécifiques valant plusieurs milliers d’euros chacune comme le compresseur, l’égaliseur, le limiteur, l’amplificateur, les convertisseurs…, la liste est longue.
Mais admettons que la barrière matérielle n’en soit pas une et que tous ces bijoux vous soient livrés comme par magie un beau matin… Qu’en ferez-vous ?

Et c’est ici que réside, ou plutôt résidait, la seconde barrière, celle de la connaissance.
Pour faire simple, imaginez-vous dans un cockpit d’avion de ligne, seul face à des dizaines de boutons qui clignotent, que faites-vous ?
Si la technique du « j’appuie partout » risque d’être d’une efficacité incertaine, pour la production musicale, c’est la même chose. Cette dernière repose sur des savoirs théoriques et pratiques qu’il convient d’apprendre et d’appliquer pour avoir un rendu sonore un tant soit peu correct sinon… et bah sinon ça ne sonne pas, tout simplement ! Là encore, ces savoirs étaient pendant longtemps la chasse gardée d’un groupe restreint de professionnels qui se les transmettaient de mentor à apprenti, de maître Jedi à Padawan. Vous et moi n’étions pas invités à la table de la connaissance.
Mais cette époque est révolue.

Aujourd’hui, l’on peut affirmer haut et fort qu’Internet et le numérique nous ont permis de prendre notre revanche. Comment ? L’essor des logiciels de musique [barrière matérielle], combiné au développement du partage communautaire [barrière de la connaissance], a donné la possibilité de se lancer sereinement dans la production musicale si tant est que l’on dispose d’une once de curiosité, d’une bonne dose de volonté et d’un petit pécule initial à consacrer au matériel indispensable. Rien de plus, rien de moins.

Avec quels équipements débuter ?

OBLIGATOIRE
Un ordinateur (eh bien oui, c’est mieux) – comptez entre 600 et 1000€

Alors que choisir… une machine de guerre ? Un vieux coucou ? Ni l’un, ni l’autre. La production musicale demande des ressources, certes, mais bien en deçà de ce que demandent le gaming, le montage vidéo ou encore le rendu 3D.
Le profil-type du PC pour la MAO est le suivant : un processeur assez puissant (i5 ou plus) pour gérer des dizaines de machines virtuelles, 8 Go de mémoire RAM minimum et une carte graphique entrée de gamme. A partir de là, vous êtes plutôt bien équipé pour débuter.

Gamer occasionnel, j’ai personnellement opté pour un PC plutôt costaud doté d’une carte graphique correcte et un processeur i5. Pour ceux qui veulent une config « musclée et polyvalente », je vous conseille fortement le PC Falcon 3G qui est vraiment bon partout sans avoir un prix exorbitant (coucou le Manticore).

Dernier point… PC ou MAC ? Les deux fonctionnent bien pour la MAO. Cela va donc dépendre de vos préférences et de votre budget. Pour moi ce fut PC à 200%, pour le prix d’une part et le côté évolutif d’autre part.

Un casque neutre – comptez entre 100 et 200€
Le casque est certainement l’élément le plus important derrière le PC. Il est le lien entre le PC et vos oreilles. Si avoir un excellent casque ne vous octroiera pas, de fait, la garantie d’un bon « mixage » (on y reviendra plus tard), l’inverse est moins vrai. Un mauvais casque vous fera faire de mauvais choix. Eh oui ! Pour faire sonner les différents éléments d’un morceau, encore faut-il pouvoir bien les entendre. Le casque doit donc être neutre et ne pas privilégier une partie du spectre sonore au détriment d’une autre. Exit donc les casques « fortement typés » comme les célèbres Beats. Cette notion de neutralité est très importante. Plus vos oreilles profiteront d’un son précis et fidèle, plus vous détecterez les problèmes à corriger et obtiendrez un morceau équilibré qui sonnera sur les différents systèmes d’écoute grand public.
Pour le choix du casque, veillez à l’impédance acoustique (calculée en Ohms). Plus le casque aura une impédance forte, moins le signal numérique sera modifié, plus le rendu sonore sera neutre. Pour en savoir plus, consultez notre guide d’achat casque.

Pour ce qui est des marques à privilégier, vous pouvez centrer vos recherches sur Shure ou encore Sennheiser qui sont reconnues pour faire des casques de qualité.

Une carte son – comptez entre 150 et 350€

Une carte son externe

Une carte son externe

Si le processeur est le « cerveau » de votre ordinateur, la carte son est un peu son semblable au niveau des machines et instruments qui lui sont reliés. Vous allez pouvoir y brancher votre casque, votre micro, vos enceintes, vos instruments, votre clavier midi (on y revient juste après), etc.
Plus on monte en gamme, plus elle sera capable de gérer le son avec réactivité (gestion de la latence numérique) et qualité (convertisseur/amplificateur impactant le son à l’entrée et à la sortie).
Il existe des cartes son internes et des cartes sons externes (alimentées en USB ou Firewire par exemple). Pour plus de simplicité, je vous conseille les cartes sons USB.

Choisir le bon modèle va dépendre de votre style et de votre exigence sonore. Si vous jouez d’un instrument que vous enregistrez, avoir un nombre suffisant d’entrées sera agréable. Exemple, une guitare et une voix = deux entrées nécessaires. Par ailleurs, la qualité des convertisseurs joue un rôle important sur la qualité d’entrée et de sortie. Je vous conseille donc fortement de lire les avis sur un site comme Audiofanzine.com avant de faire votre achat.

J’avais fait l’erreur en débutant de prendre une carte son entrée de gamme. Alléchante sur les specs, elle s’est avérée être un calvaire dans la pratique avec beaucoup d’instabilités et de bruits parasites. Je l’ai depuis changée pour la RME Babyface et je ne regrette absolument pas mon choix. Comme pour le casque, je vous conseille d’investir dès le début sur quelque chose de plébiscité.

OPTIONNEL
Clavier MIDI – comptez entre 100 et 200€

Clavier midi à 61 touches

Clavier midi à 61 touches

Le clavier MIDI est un piano… Enfin pas tout à fait. Il ne produit aucun son à proprement parler. Son rôle va être de contrôler un logiciel émulant le son d’un instrument, aussi appelé VST, et jouer les notes dudit instrument. Pour faire simple, plutôt que d’écrire les notes de musique virtuelles (MIDI) au clavier et à la souris, le clavier MIDI, ou « clavier maître », va vous permettre de les jouer avec l’ergonomie d’un piano. Cela facilite les recherches de mélodies et d’accords et stimule la créativité.
J’ai hésité à classer le clavier MIDI dans la catégorie obligatoire mais je ne l’ai pas fait. Je connais en effet quelques producteurs qui n’en ont pas besoin pour être efficaces. Personnellement, je ne peux m’en passer.
Au niveau du choix, les prix varient en fonction de la taille, du nombre de contrôleurs disponibles et du toucher. Le choix va dépendre de votre style. Si vous souhaitez délivrer une performance pianistique réaliste, privilégiez un clavier 88 touches au toucher lourd pour reproduire au mieux la physique de l’instrument. Si vous utilisez le clavier pour de la recherche simple d’accords et de mélodies (c’est mon cas), un clavier basique de 49 ou 61 touches vous suffira. J’ai pour ma part le Novation LaunchKey 61 et j’en suis très content.

Enceintes de monitoring – comptez entre 400 et 800€
krk-rokit-8_1Certains verront la présence des enceintes monitoring dans la catégorie optionnelle comme une hérésie. En effet, ils ont raison, elles permettent d’obtenir une reproduction sonore juste, bien plus encore que le casque.
Alors, pourquoi les avoir classées ainsi ?
Avoir des enceintes de monitoring, généralement onéreuses, ne semble pas primordial pour débuter dans la MAO. Un bon casque neutre, même s’il n’est pas exempt de défauts (manque de précision dans la dynamique et la spatialisation), permettra aux néophytes d’apprendre à « entendre » les défauts de leur travail et atteindre un bon rendu. Néanmoins, si la production musicale devient plus qu’un passe-temps et/ou que vous avez pour ambition d’aller plus loin dans la recherche du son juste et précis, pensez sérieusement aux enceintes de monitoring.

Autres
On peut bien sûr aller plus loin.
Il faut savoir que plus on avance dans la liste, plus le matériel répondra à des besoins spécifiques qui dépendront de votre style de musique et de votre niveau d’apprentissage.
Pour de la musique électronique, vous ne devriez pas avoir besoin de plus. Si néanmoins votre style requiert l’enregistrement d’instruments acoustiques (guitare, voix, piano, etc.), il vous faudra investir dans un ou plusieurs micros (et un amplificateur si possible).
D’une manière générale, il est important de garder en tête que produire de la musique acoustique demandera plus d’équipements et à fortiori, plus de connaissances pour les maitriser.

Et au niveau des logiciels ?

Le Séquenceur
Le séquenceur, ou si l’on veut être plus précis le DAW (pour Digital Audio Workstation, littéralement « station de travail audionumérique ») est LE logiciel où tout se passe.
C’est avec lui que l’on va créer, couper, assembler, enregistrer, modifier et séquencer (d’où le nom) les différentes parties du morceau. Quelques séquenceurs connus : Ableton Live, Logic Pro, Cubase, FL Studio (le mien), Reason.

 Clip audio versus notes MIDI

Clip audio versus notes MIDI

Pour produire un son, il existe deux catégories de source sonore : la source audio, clip audio que l’on a soi-même enregistré (avec un micro) ou pris d’une autre chanson (sample), ou bien la source MIDI avec les sons générés numériquement sur un instrument virtuel.

Tous les séquenceurs ne se valent pas. Ils se différencient sur la qualité des plug-ins natifs qu’ils intègrent et/ou sur leur ergonomie générale. Néanmoins, ce qui va réellement compter, c’est la qualité des plug-ins tiers que l’on va intégrer au séquenceur.

Il faut savoir que le séquenceur est une usine à gaz où se mélangent plug-ins natifs et plug-ins tiers (souvent plus performants). Pour faire dans l’analogie, vous achetez une cuisine vendue avec des ustensiles (le séquenceur et ses plug-ins), la cuisine est spacieuse et le plan de travail vraiment chouette pour composer vos plats (ergonomie du séquenceur). Néanmoins, vous vous rendez compte que les ustensiles livrés avec ne sont pas assez variés et efficaces pour vous permettre d’arriver à vos fins (faims ?). Vous gardez donc la cuisine comme lieu de travail mais investissez dans des outils spécialement pensés pour leur utilisation (plug-ins tiers) … Vous voyez l’idée ? Pour la MAO, on peut faire pareil. Les plug-ins tiers sont tout aussi importants que le séquenceur utilisé. Justement, parlons-en.

Les plug-ins tiers
Les plug-ins sont de deux types : il y a ceux qui génèrent un son, les plug-ins audio aussi appelés instruments virtuels (VST), et ceux qui modifient un son existant, les plug-ins d’effet.
Si cela peut vous faire gagner du temps, il est important, voire indispensable, de vous procurer ces plug-ins dès le début. En effet, il sera difficile d’avoir un rendu sonore correct avec les seuls plug-ins natifs du séquenceur.
Les plug-ins audio sont souvent basés sur de grands synthétiseurs analogiques du 20ème siècle. Ils en émulent le son, l’ergonomie, et même les défauts. On peut potentiellement avoir 50 ans de synthétiseurs dans son ordinateur (bon, ça ne sonnera jamais aussi bien que l’original, faut pas abuser). Les plug-ins audio, ce sont aussi des modules simulant le son d’un instrument, d’un orchestre, d’une chorale, bref, de tout ce qui est musical. La limite est la créativité. Voici quelques VST incontournables à avoir dans sa panoplie : Massive, FM8, MiniMoog, Polysix.

MiniMoog, l'original versus le plug-in

MiniMoog, l’original versus le plug-in

Concernant les plug-ins d’effet, ils permettent d’embellir vos éléments sonores en leur donnant plus de musicalité (un écho sur une voix, une reverb sur un piano, etc.) ou plus de finesse dans le mixage (égaliseur, compresseur).

Une Reveb de la marque WAVE

Une Reveb de la marque WAVE

En conclusion, beaucoup de choses à ingurgiter avant de vous lancer ! Cela peut paraître abstrait mais rassurez-vous, tout prend sens une fois les mains dans le cambouis. Si vous hésitez encore, prenez une grande respiration et sautez ! Internet couvrira toujours vos arrières, je vous le garantis.
Dans un prochain article, je vous aiderai à comprendre comme faire sonner un morceau à travers le mixage qui représente l’étape dans laquelle on va équilibrer les différents éléments du morceau pour qu’ils soient en symbiose entre eux. Si vous pensiez que cet article était complexe, alors accrochez-vous bien pour le suivant, on passera la seconde !!!