5G et streaming : le jeu à tout prix !

Avec des débits très élevés, une couverture indoor améliorée et une faible latence, la prochaine norme 5G apparait comme le Saint Graal du cloud gaming. La fin des puissants PC et autres consoles que l’on connait depuis des décennies ? Sans doute pas mais un parfait complément, oui… Sous certaines conditions.

One Plus et OPPO ont présenté des démos de jeux multijoueurs 5G. Il était possible de jouer à Ace Combat 7 et Soul Calibur VI. ©Microsoft

Tout le monde a la tête dans les nuages. L’arrivée prochaine de la 5G affole les compteurs. Nous devrions pouvoir disposer d’un débit de 1 Gbit/s pour le téléchargement et de 500 Mbit/s pour envoyer des fichiers. De quoi largement pratiquer le cloud gaming.

L’idée de jouer à des titres en streaming n’est pas récente. Des services tels que Playstation Now de Sony (bibliothèque en streaming sur abonnement) et Shadow de la start-up française Blade ont ouvert la voie à cette évolution des comportements.

Rappelons que Blade avait lancé son Shadow PC fin… 2016. Mais comme dans bien des cas, les concepts innovateurs se heurtent à un mur : l’absence d’un canal suffisamment adapté pour leur permettre de casser les positions acquises (en l’occurrence, le bon vieux PC avec son boîtier cachant une puissante carte graphique).

Concernant le jeu en streaming, il a fallu attendre la « démocratisation » du cloud et surtout des « tuyaux ». Ce sera bientôt chose faite avec la 5G. Pour l’instant, il faut se contenter de démonstrations. À l’occasion du MWC de Barcelone, One Plus et OPPO ont présenté des démos de jeux multijoueurs 5G. Il était possible de jouer à Ace Combat 7 et Soul Calibur VI.

Faible latence

Le « sans fil » va devenir la norme. On pourra jouer où l’on veut. Google l’a bien compris en présentant lors du dernier E3 son service Stadia. Il sera disponible en novembre sous la forme d’un pack optionnel à 130 euros intégrant manette et récepteur. Le géant américain proposera aussi deux offres d’abonnement.

Cette évolution est logique. Les données de Statista montrent une forte adoption des appareils mobiles par les consommateurs : les ventes combinées d’appareils et de tablettes dépassent constamment celles des ordinateurs de bureau depuis novembre 2016. En 2017, 2,1 milliards de personnes dans le monde ont joué à des jeux sur leurs appareils mobiles. Ils devraient être 2,7 milliards d’ici 2021.

La 5G va accélérer ce mouvement. Mais cette révolution présente un côté pile et un côté face.
Côté pile, il ne sera plus nécessaire d’investir plus de 400€ à chaque fois que Sony ou Microsoft propose un nouveau modèle de console. Autre intérêt, vous n’attendrez plus pendant quelques dizaines de minutes, voire quelques heures pour ceux qui doivent encore se contenter d’un faible débit en ADSL, pour constater la fin du téléchargement du jeu ou de sa mise à jour.

Mais au-delà de la vitesse des transferts, c’est la faible latence (inférieur à une milliseconde) promise par la 5G qui fait rêver. Un léger retard peut vous faire rater votre tir ou votre dépassement dans une course de voitures. La 5G promet d’éviter ces écueils.

Une expérience immersive avec l’IA

Au cours des prochaines années, la réduction de la latence sera d’ailleurs la pierre angulaire autour de laquelle les plates-formes de streaming de jeux seront construites. Il ne faudra pas qu’elles déçoivent sous peine d’être délaissées au profit d’un concurrent.

Cette faible latence devrait également favoriser, à terme, les jeux mobiles en 4K (voire 8K) puisqu’il ne sera pas nécessaire de disposer d’un terminal extrêmement puissant pour en profiter. Encore une fois, la latence de la 5G et le cloud seront très étudiés.

Avec la 5G, les téléchargements seront très rapides. Et surtout, avec le cloud gaming, plus la peine d’avoir 250 Go de capacité de stockage, le jeu sera stocké et mis à jour en ligne. Comme toute application en mode SaaS (Software as a service). Les plus connus des SaaS étant par exemple les webmails de Google et Microsoft.

Un nouveau modèle de consommation

En plus d’éliminer la latence, la 5G – couplée à l’Intelligence Artificielle – devrait rendre l’expérience encore plus immersive avec des graphismes riches et des mouvements plus précis.

Mais côté face, cette prouesse technique aura un cout, encore inconnu. Même s’il y a des jeux prometteurs, le gaming sur mobile ne pourra pas se développer s’il faut casser sa tirelire pour disposer de la meilleure offre. Certes, le prix des abonnements 3G puis 4G a « rapidement » baissé mais qu’en sera-t-il pour cette nouvelle norme ?

Évolution du prix des forfaits à partir d’une base 100 (Q1, Q2 et Q3 représentent la typologie d’utilisateurs, Q3 étant les plus consommateurs) ©Arcep

Enfin, il ne faut pas trop s’emballer. Il faudra quelques années pour que les fabricants de téléphones et les développeurs trouvent comment tirer le meilleur parti des atouts de la 5G.

Mais les applications 5G et le Edge Cloud pourraient bien transformer non seulement les industries des télécommunications et du jeu, mais aussi nos modes de vie. On pourrait comparer l’arrivée de la 5G à l’apparition des premiers smartphones. Leur apparition a entrainé une profonde transformation des téléphones mobiles et des PDA (qui s’en souvient…), mais aussi une toute nouvelle approche du développement d’applications mobiles, avec un nouveau modèle de consommation, de contenu et de vente.

Il faudra juste être patient. En France, l’ouverture de réseaux 5G est planifiée pour 2020, mais elle sera limitée.