Epic Games met la pression à Steam

Fortnite n’est pas seulement un phénomène de société, il est une machine à cash pour Epic Games qui pourrait bien inverser la vapeur sur les revenus des développeurs et le marché du dématérialisé. Une saine concurrence se crée, le joueur est pour le moment le plus grand gagnant.

Depuis longtemps les analystes et les haruspices prédisent la fin de la « mafia » Steam avec chaque fois le même insuccès. Le marché d’applications de Valve résiste à ses détracteurs, prend des décisions arbitraires en se souciant peu de la communauté puis réconcilie tous les PCistes lors de ses soldes désormais aussi fréquentes que les mois en R. Au milieu des cris de joie et des jérémiades, le démat’ se taille la part du lion et représente 95% des achats sur ordinateur sans qu’Uplay, Origin, GOG et consorts ne fassent d’ombre au gargantuesque Steam. Le marché semble englué dans ses habitudes, mais le phénomène Fortnite change la donne.

Objet de tous les fantasmes, des légendes se créent autour des revenus générés par le jeu : Epic Games, le studio qui l’édite, aurait accumulé 3 milliards de dollars sur l’année 2018 selon les manifestants, notre concierge et TechCrunch, deux fois moins selon la police. Si le chiffre exact n’a pas été révélé, on sait qu’il oscille entre gigantesque et faramineux. Il laisse surtout à Tim Sweeney, dirigeant de la société, tout le champ libre pour frapper un grand coup sur l’industrie vidéoludique. Comme le dit le philosophe « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». Tim sait que les frais pris par les marchés d’application lors de toutes transactions créent la grogne auprès des professionnels. Il en fait son cheval de bataille.

Premier fait d’armes ; il se passe de Google Play pour installer Fortnite sur les terminaux Android. Les utilisateurs suivent. Le vent tourne.

Fortnite n’est pas encore sorti en Chine, bien que Tencent soit actionnaire à 40 % d’Epic. On n’ose imaginer les revenus du jeu lorsqu’il s’ouvrira à l’empire du Milieu.

Valve dépressurise !

Rappelons que la société de Gabe Newell ne s’octroyait pas moins de 30 % du moindre centime dépensé sur Steam. Les stores mobiles, et derrière eux deux figures du GAFAM (Apple et Google, pour les deux du fond qui dorment) ont infligé les mêmes charges. Une somme bienvenue pour rémunérer les avocats fiscalistes chargés de minimiser l’imposition dans tous les pays où ils touchent des millions… mais bref, il ne s’agit pas d’un billet d’humeur…

Conscient qu’Epic préparait un autre coup de Trafalgar, Valve, sous pression, lâche un peu la vapeur. En fin d’année 2018, la société annonce que le pourcentage pris sur les ventes passe à 25 % si le jeu dépasse les 10 millions de dollars de recette et 20 % si les 50 millions sont atteints. Un sourire courtois adressé aux ténors de l’industrie, un gant jeté au visage des petits développeurs ! On peut tout de même évoquer un petit geste, au moins une obole, et ce n’est pas si fréquent chez Steam. Le colosse commence à regarder si ses pieds ne sont pas faits d’argile.

Epic, piqué, réplique : il annonce que sa plateforme se contentera d’un petit 12% sur les transactions, soit 88 % des gains reversés aux développeurs. De plus, il renonce au 5% pris sur l’exploitation de son moteur Unreal Engine si le jeu est vendu sur sa plateforme. Cette fois il s’agit d’un vrai geste pour les professionnels, et ils ne sont pas les seuls à avoir eu le droit à un cadeau.

En offrant un jeu tous les 15 jours, l’application d’Epic est devenue aussi indispensable que Steam. Voyons ce que cet éditeur va apporter au marché du jeu PC en 2019.

Pour attirer le chaland, Epic offre à tous ses utilisateurs un jeu tous les 15 jours durant l’année 2019. Le premier ne fut autre que Subnautica, un formidable voyage en mode survivaliste sur une planète hostile, mainte fois primé par les rédactions. Le deuxième est encore un très gros hit, plus ancien mais indémodable, Super Meat Boy. Le troisième n’est autre que le remarquable What Remains of Edith Finch… Messieurs, continuez votre guéguerre, on prend les cadeaux avec plaisir.

La vapeur va mettre les voiles ?

Si pour certains 2019 est l’année du prélèvement à la source, pour nous, ce sera le millésime durant lequel Epic s’est montré particulièrement généreux, et passe du stade de « plateforme pour Fortnite » à « réel challenger de Steam ».

Pas de forum, un espace dédié aux développeurs, une curation plus stricte, Epic est aussi une alternative à Steam en termes de contenus.

Valve est loin d’être enterré pour autant, tout juste est-il ébranlé par un concurrent susceptible de lui ponctionner une partie du chiffre d’affaires. Non content de redistribuer les cartes sur le marché PC, Epic s’attaque aussi aux mobiles, en retirant ses applications des stores, notamment l’impeccable trilogie Infinity Blade. On lit sur la dernière ligne du communiqué de presse annonçant la nouvelle « vous pourriez voir arriver Infinity Blade sur une plateforme que vous n’attendiez pas ». Simple adaptation PC ou pied de nez à Apple et Google ? La fin de la décennie s’annonce riche en rebondissements !