Test A Plague Tale : Innocence, le meilleur combo souris/manette

La peste soit des rats et des Anglais ! Les deux sont envahissants et bouffent vraiment n’importe quoi. Et voilà que l’inquisition s’en mêle avec son prosélytisme à grand coup de barbecue à base de chair humaine. Décidément, il ne fait pas bon trainer dans le XIVe… siècle, pas arrondissement… Bienvenue dans A Plague Tale : innocence, jeu d’action-aventure original et réussi.

Ce qu’on en pense ?

Amicia et son petit frère Hugo sont orphelins, traqués par les rats, la maladie et l’inquisition. Ils avancent sur les décombres des batailles qui opposent Valois et Plantagenets. Le Royaume de France lutte alors contre une perfide Albion plus encline à conquérir l’Europe qu’à la quitter. Le jeune Hugo souffre d’un mal étrange qui altère son sang aussi rapidement que les terres de feu son père, le Chevalier de Rune. Témoins de plusieurs massacres, ils vont devoir déambuler dans des charniers, braver des hordes de rongeurs et apprendre à tuer pour survivre… Vous sentez que nous sommes assez loin de l’ambiance d’un Kirby ?

A Plague Tale n’est pas gore comme un Mortal Kombat. Si vous êtes cinéphile, disons que le ressenti emprunte davantage au Vieux fusil ou aux Chiens de Paille qu’à Brain Dead. Le jeu installe une ambiance terriblement pesante et y plonge l’innocence de deux enfants que la vie n’aura pas épargnée.

Il est possible de n’afficher aucun hud durant le jeu. L’immersion est totale et l’on profite d’une direction artistique superbe. Regardez-moi tous ces cadavres, une merveille.

L’histoire reste la priorité, imposant une certaine linéarité. Elle le fait avec finesse, sans longueur, et sans jamais ériger un niveau de difficulté décourageant. Le jeu varie intelligemment les gameplays. Vous utilisez la lumière du feu pour éloigner les rongeurs, vous vous débarrassez des ennemis à coup de lance-pierres et de projectiles plus sophistiqués ; tout est prétexte à un game design malin. Les héros ont évidemment un sentiment d’urgence et Asobo Studio a jugé qu’il ne fallait pas entraver la progression. Si une solution ne vous saute pas aux yeux, Amicia réfléchit à voix haute et vous délivre de précieux indices. Ainsi se déroule une histoire prenante, maitrisée de bout en bout et visuellement bluffante.

Côté technique

Les premières minutes dans la forêt puis dans la demeure du chevalier de Rune ne laissent aucun doute sur la qualité du travail effectué par Asobo. A Plague Tale fourmille de détails. Un soin méticuleux, presque opiniâtre, a été apporté à des pièces que nous traversons en quelques secondes. Et même lorsque nous avançons dans une ville dont la majorité des habitants git au sol dans une mare de sang, nous restons impressionnés par le soin apporté aux décors. A Plague Tale transpire la mort, la peste, et pourtant sa direction artistique nous émerveille autant que son contexte nous dégoute.

Nous en rions dans l’article, mais ce décalage entre la beauté du jeu et la cruauté des scènes entretient un malaise. Comme les héros de l’aventure, nous perdons peu à peu notre innocence.

Pour la config d’entrée, Asobo conseille un Core i3-2120 ou FX4100, 8 Go de RAM, une Geforce GTX 660 ou une Radeon HD 7870 et 50 Go d’espace disque. Alors… pourquoi pas… mais ils visent quelle définition, les bougres ? Un 720p en mode soirée diapos ? Force est de reconnaitre que nous n’avons pas de config aussi faible en rayon en dehors du matériel bureautique, mais on ne vous fera pas cet affront. Notre configuration Revolt avec son Core i3-8100, sa GTX 1650, ses 8 Go de DDR4 et son SSD sont une bonne entrée en matière pour jouer en 1080p.

La configuration conseillée est un Core i5-4690 ou FX8300, 16 Go de RAM et un GeForce GTX 970. Là d’accord ! On sent un chouia de puissance, mais ça reste modeste pour la richesse graphique de ce jeu. Notre PC Rush en a déjà plus sous le capot, mais c’est sur l’Airstrike que A Plague Tale se sentira le plus à l’aise.

Rats débiles, rats déchantent.

Cet intertitre n’a rien à voir avec le chapitre qui suit, mais on avait envie de rire un peu. Voilà qui est fait… reprenons.

Alors que Sekiro Die Twice séduit les masochistes, nous avons souhaité revenir sur la difficulté que doit proposer un jeu. Certains pousseront des cris d’orfraie lorsqu’ils termineront A plague Tale en une douzaine d’heures sans trop avoir buté sur une énigme.

Nous sommes, de notre côté, partisans de ce type d’expérience où l’histoire maintient son intensité, où l’élégance des combats l’emporte sur la maitrise, où l’observation se traduit par quelques enchainements bien sentis. Cela nous change des roulades en armure (sic !) pour arriver dans le dos d’un sac à PV. Dark Soul nous soule ? Loin de là ! Mais la « facilité » de Plague Tale n’est pas une tare, c’est un choix habile pour ne pas ralentir une histoire qui ne connait pas de temps mort.

Les musiques d’Olivier Derivière, faites de cordes doucement caressées par l’archer et de dissonance dans les moments de stress, soulignent parfaitement l’action du jeu. Une très belle partition.

Le jeu souffre certes de quelques défauts dans la façon d’illustrer sa narration, notamment une synchro labiale faillible ou des problèmes de mise en scène dus à la volonté d’ajouter des dialogues pendant des phases de jeu, plutôt que de faire des cutscenes. Mais comme nous l’expliquions dans cet article sur la narration, c’est une brèche à combler dans la majorité des AAA et, a fortiori, des jeux au budget plus serré comme celui-ci. Hormis ces quelques détails, Asobo a fait des choix sur la direction artistique, la jouabilité, le level design, et tous sont avisés et payants. On s’incline humblement…