Test : Heavy Rain et la mécanique Quantic

Quoi de mieux pour fêter l’arrivée de la belle saison qu’un univers évoquant le deuil, la disparition d’enfants, le meurtre en série, la drogue et la schizophrénie ? Les trois derniers titres de Quantic Dream débarquent au compte-goutte sur l’Epic Store, à commencer par Heavy Rain, l’occasion de revenir sur le jeu narratif et les ambitions du célèbre développeur français.

Ce qu’on en pense ?

Les œuvres de Quantic sont dures à résumer, car la moindre information risque de gâcher une partie de l’intrigue. Analysons plutôt l’ambiance.

Au départ lumineux quand il expose une famille épanouie, Heavy Rain nous noie très vite sous les souffrances de plusieurs personnages torturés par leur passé, leurs angoisses, leurs addictions. Toute cette dramaturgie s’articule autour d’un tueur en série qui aux péchés capitaux préfère l’origami et le doux parfum des orchidées… ça doit le détendre… Vous l’aurez compris, Cage n’emprunte pas à Fincher que son prénom, il sature les décors d’une pluie incessante à la Seven, pompe des cadrages à Panic Room, et louche aussi du côté de Hitchcock, Kubrick, Spielberg (etc.).

Le risque est évidemment de désincarner l’œuvre tant les citations sautent au visage, mais de notre côté on le ressent davantage comme des codes pour soutenir l’intrigue et diluer quelques longueurs imposées par le jeu narratif tel qu’il se concevait il y a dix ans. En effet, Heavy Rain a beau être court, vous passez parfois du temps à ne rien faire sinon des actions inintéressantes. On reste toutefois transporté par l’intrigue et certains ne dormiront pas avant de savoir qui est le psychopathe qui massacre de pauvres enfants. Oui… des enfants… car quitte à pousser le PEGI 18 dans ses derniers retranchements, autant s’en prendre à l’innocence même.

Heavy Rain enfile les clichés des films de genre, mais améliore un concept entrepris avec Fahrenheit et qui se termine en apothéose sur le très réussi Detroit : Become human. Ce jeu mérite d’être lancé rien que pour la curiosité de voir évoluer le rêve « cinématoludique » de David Cage, surtout qu’il ne dépasse pas les 20 € (Heavy Rain, pas David Cage !).


La bande-annonce d’Heavy Rain ne cache rien à ses ambitions cinématographiques et narratives. Tout l’accent est mis sur l’histoire, mais pas une seconde n’est consacrée au gameplay.

Côté technique

Heavy Rain accuse sa petite décennie. Même s’il a gagné en définition (jusqu’en 4K) pour son adaptation sur PlayStation 4 puis sur PC, il ne faut pas s’attendre à un rendu proche de Detroit.

Le jeu exploite bien la motion capture pour imprimer les émotions, en cela il ne prend pas une ride, mais les personnages ont un aspect cireux qui jure un peu de nos jours. De plus, leur attitude est parfois rigide. On ne plonge dans l’uncanny valley, loin de là, mais c’est toujours amusant de voir le musée Grévin prendre vie.

Heavy Rain était une prouesse au moment de sa sortie en 2010, il reste tout de même impressionnant aujourd’hui et devient un objet de curiosité pour constater l’évolution des moteurs graphiques, du travail de la lumière et des techniques de capture. Le plus important est que ce rendu un peu « daté » ne gâche absolument pas l’expérience.

Le jeu a d’excellentes idées de gameplay, comme l’équipement de l’agent du FBI qui l’aide à trouver des indices et travailler ses dossiers. L’influence de Minority Report n’échappera à personne.

Venons-en à la configuration de base proposée par le développeur : Core i5 à 3 GHz, 4 Go de RAM, Nvidia GTX 660. À cela nous répondons : bon courage ! À moins de faire tourner le jeu sous les 1080p avec tous les filtres désactivés, vous allez au-devant de belles saccades.

Pour commencer à jouer confortablement, le Blink (Ryzen 5 à 3.2 GHz, 8 Go de RAM, GTX 1050 Ti et SSD) est le bon rapport qualité/prix. La configuration recommandée est un Core i5 à 3.5 GHz, 8 Go de RAM, et une GTX 970, mais là encore vous risquez de souffrir si vous montez en définition. Le Headshot avec son Core i5 à 4.10 GHz en mode turbo, 16 Go de RAM, une GTX 1660 Ti et un SSD nous semble bien plus approprié. Sur une machine similaire en mode « toutafond » nous avons pourtant relevé quelques rares saccades.

La mécanique Quantic

Même les joueurs PC les plus réfractaires aux consoles connaissent David Cage, ses ambitions de réalisateur à la Kojima made in France, et la façon dont il impose une patte et une vision du jeu vidéo.Pour nous, il reste le développeur de Nomad Soul, LE jeu ou s’invitait David Bowie. Un premier fait d’armes avant de nous offrir un Fahrenheit très ambitieux sur l’aspect narratif et les émotions.


Les différentes fins et les embranchements scénaristiques du jeu lui donnent une bonne jouabilité, mais certaines phases seront à chaque fois un peu longue. Ici, la petite pause pipi…

Ce filon, Quantic ne cessera de l’exploiter sur la trilogie qui débarque sur Epic. Cette synthèse entre cinéma et jeu vidéo demande une part d’acceptation du joueur. Il ne faut pas regarder les ficelles ou chercher les failles, vous les trouverez forcément. Ce sont des jeux à expérience, quitte à mettre en retrait le gameplay pour faire la part belle au ressenti. Les détracteurs étaient nombreux au moment de la sortie de Heavy Rain et Beyond : Two Souls. Detroit a réussi à mettre tout le monde d’accord, mais ça, nous y reviendrons peut-être plus tard, lorsqu’il arrivera sur PC (pour l’instant la date n’est pas confirmée).

Quantic Dream a annoncé en milieu d’année qu’ils ne concevraient plus de jeux réservés exclusivement à la console de Sony. L’entrée au capital du géant chinois de l’internet NetEase devrait soutenir financièrement les prochaines créations tout en gardant une autonomie chère à David Cage. Le studio se prépare ainsi à un marché en mutation et compte mettre son expertise à disposition d’autres développeurs, notamment faciliter la distribution de leurs jeux. Évidemment, ces projets seront proches de l’ADN des productions Quantic, donc fortement axés sur le narratif. Plus de jeu à la Detroit ? On prend !