Test : Wolfenstein Youngblood, Paris Outragé, Paris martyrisé, et pari risqué

Licence iconique du jeu vidéo, Wolfenstein est ressorti de sa torpeur en 2014. Bethesda et MachineGames avaient alors ressuscité avec brio le dézinguage vidéoludique de nazis crée dans les années 80 jusqu’au très récent New Colossus (2017). Rejoints par Arkane Studio, ils s’aventurent dans un tout nouvel épisode, Wolfenstein Youngblood… Que vaut-il sur PC ?

Blazkowicz a eu des jumelles (des enfants, pas l’objet). Plutôt que de jouer les papas poules, il en a fait des machines de guerre. Bien lui en a pris puisqu’il se fait enlever dans un Paris pas si éloigné de ce que nous connaissons actuellement : obstrué, pollué et en travaux ! Ses filles volent à son secours.

Ce qu’on en pense ?

Ce Wolfenstein n’est pas à considérer comme un épisode canonique, mais une expérience parallèle d’une vingtaine d’heures à jouer de préférence en duo avec un ami ou des inconnus croisés en ligne. Un sang neuf, donc, dont la narration oublie le linéaire au profit de courtes missions à réaliser dans notre capitale exsangue avant de revenir à un hub central.
Le fil conducteur suivi avec plaisir dans The New Colossus s’effiloche donc rapidement pour un récit haché laissant avant tout parler la poudre.

Au rayon des nouveautés, Bethesda a ajouté une dose de RPG. Améliorer les armes et compétences est une riche idée, mais pas assez bien exploitée puisque les combats ne gagnent pas de nouveau souffle au fur et à mesure des capacités débloquées. L’ensemble reste nerveux, mais nous aurions souhaité davantage d’interactions ou de symbiose entre les deux héroïnes afin de donner de la couleur et de la diversité aux rixes.

On critique, on critique… vous allez finir par croire que ce Wolfenstein est totalement hors sujet et dénué de qualité ! Ce n’est pas du tout le cas. Les orientations sont bonnes, mais ne sont pas assez creusées. Au final il reste un FPS fun à faire à deux, sans trop se poser de question. Si l’on exclut les mécaniques et que l’on se base juste sur le ressenti, cet épisode nous rappelle le plaisir coupable d’un Far Cry : Blood Dragon.

Pour une fois, le trailer ne ment pas. Dans le jeu complet la bande-son est agréable (même la New Wave allemande !), ça se passe à Paris, le scénario tient sur un timbre et on dézingue à tout va.

Côté technique

Comme nous l’avons précisé, le jeu se déroule dans la ville de l’amour et des travaux.
Il n’en faut pas plus pour stimuler notre petit côté franchouillard, mais on déchante vite tant Youngblood ne prend même pas la peine de nous faire des décors de carte postale gavés de clichés. Nous avons un souvenir plus ému de la capitale vue à travers le prisme de Remember me.

Dans Wolfenstein, les nazis ont un peu trop pris les directives de Napoléon à la lettre ; à savoir tout raser, même ce qui fait le charme de Paris, et reconstruire des blocs de bâtiments haussmanniens pour laisser passer les armées. Ce n’est pas vilain, juste sans saveur, mais ça laisse à Arkane studio les mains libres pour peaufiner un level design plutôt agréable.

Un hub central permet de lancer différents types de missions dans des décors que l’on parcoure plusieurs fois. Le FPS est par essence répétitif, mais celui-ci en ajoute une couche avec ce système.

Côté config, comme d’habitude, la minimale fera a priori tourner le jeu en 720p à la vitesse d’un diaporama (Ryzen 5 1400 ou Intel Core i5-3570, GTX 770, 8 Go de RAM). On a bien cherché, nous n’avons plus ça en magasin, mais un Level One reste une bonne entrée en matière pour du Full HD. Il faut toutefois reconnaitre que le moteur du jeu est peu gourmand et qu’il ne faut pas une machine de guerre pour donner un peu de faste à Paris. Aussi la puissance recommandée (Ryzen 5 1600X ou Core i7 4770 X, GTX 1060 et 16 Go de RAM) renvoie vers notre Furax, c’est signé ! Évidemment, et s’il n’y a pas de Ray-Tracing dans le bébé de Bethesda, un setup adapté à des grosses claques graphiques rendra encore plus sympa l’expérience.

C’est mieux à deux

Youngblood ne prétend pas à rivaliser avec The Division 2 ou autre jeu service au long cours. C’est une poilade gore à effectuer avec un ami pour se donner une dose d’adrénaline face à des sacs à PV démesurément pénibles (oui, nous nous y sommes repris à 4 fois pour vaincre le premier boss dans le Zeppelin… allez-y, moquez-vous…).

Nous pardonnons l’IA aux fraises puisque la plupart du temps il s’agit de se débarrasser d’un nid de nazis avec une stratégie consistant à garder son coéquipier près de soi pour lui envoyer quelques bonus pendant que l’on tire dans le tas, souvent à bout portant. Un véritable hommage à John Woo tant les chargeurs se vident au corps à corps sans que personne ne courbe l’échine aux trente premières balles reçues. La tentative de nuance apportée par les capacités de nos héroïnes tombe assez vite à plat au profit de gunfights poisseux laissant peu de place à la réflexion.

Ce sang neuf vire un peu au boudin, mais accompagné de nazi en compote, c’est très digeste. Surtout que le jeu n’est pas au prix fort (30 € environ) et fera vite, à notre avis, l’objet de promotion.

En toute objectivité, cet épisode de Wolfenstein n’est pas très bon et perd encore davantage de son intérêt en mode solo tant le QI de sa partenaire n’arrive pas à dépasser sa température corporelle.

Le côté RPG et le farming, obligeant à faire des missions très similaires pour gagner en niveau, ne nous a pas franchement enthousiasmés non plus. Mais malgré nos reproches, on ne va cacher notre plaisir à avoir joué à deux et beuglé contre des ennemis en surnombre lors de courtes sessions bourrées d’adrénaline. Oui, pour une fois, nous nous accordons à dire que le jeu vidéo peut rendre momentanément idiot et que l’on en tire volontiers un plaisir coupable.