Audio : de l’intérêt du Hi-Res

Par Laurent J., technico-commercial chez Materiel.net depuis 10 ans, né entre deux enceintes et audiophile jusqu’au bout des orteils au grand dam de sa femme et de son banquier. Également grand collectionneur de musique de tout horizon (mais surtout de Soul, Jazz et Funk ) et joueur invétéré ( et vétéran ) de jeux vidéo.

egaliseur audio

Si il y a bien une chose qui a fait couler beaucoup d’encre (et fait encore, la preuve !) dans le monde de l’audio c’est le terme « Hi-Res », contraction de High Resolution… car à l’instar de vos yeux, vos oreilles aussi ont le droit à la haute définition. Nombreux sont les gens à se déchirer sur le bien-fondé et l’intérêt réel de la chose. Le marketing a-t-il encore frappé ? À titre personnel, j’ai choisi mon camp depuis déjà bien longtemps.

Le terme Hi-Res est utilisé pour englober toutes sources audio ayant pour caractéristique commune de faire mieux que le CD sur le plan de l’échantillonnage et de la résolution.
L’échantillonnage consiste à transmettre un signal en capturant des valeurs à intervalles réguliers. Car pour numériser le son, il faut coder (en série de bits donc) des échantillons de la musique qui sont prélevés à intervalles réguliers.

courbes de signal audio

Courbes de signal audio

La résolution (le terme approprié est quantification) est la profondeur de Bits avec laquelle cet échantillonnage a été fait. Plus il y a de Bits, plus il y a de points de mesures, plus le signal est « juste », correctement retranscris.
Un CD est 16 Bits/44.1Khz. Cela veut dire que le signal audio a été échantillonné (comprendre découpé) 44100 fois par seconde avec une profondeur (précision) de 16 Bits.
Pour information, 16 Bits c’est 65536 possibilités de valeurs de niveau sur la courbe du signal audio. « Ce qui est bien mais pas top » !
L’Hi-Res, quant à lui, propose au moins du 24 Bits soit 16.777.216 points de mesure avec un échantillonnage pouvant aller de 44kHz à 192kHz. Et oui, la musique c’est aussi une histoire de mathématiques !

Mais est-ce vraiment meilleur ?

D’un point de vue technique, tous les enregistrements sont réalisés en 24 Bits et reconvertis en 16 pour pouvoir être gravé sur CD. La raison est simple : Le 24 Bits offre beaucoup plus de latitude en termes de mixage pour un ingénieur du son. Plutôt que d’équilibrer les volumes sonores sur 96 dB, il peut le faire sur 144. Les potards peuvent donc être placés de façons plus précise et les effets derrières chaque instrument sont potentiellement bien plus nuancés. Le rapport signal / bruit est alors meilleur, cela permet de générer beaucoup moins de souffle car on évite de s’approcher des 0 dB, et donc d’induire de la distorsion, comme on serait obligé de le faire avec du 16 Bit.

De plus, le fait d’éviter la conversion 24 -> 16 Bits permet de s’affranchir des problèmes de bruit numérique que cela engendre (artefacts audio dépendant des fréquences). Tout passage d’un signal à une résolution inferieure demandera au technicien de rajouter un bruit de fond (si, si) pour rendre ces aberrations non audibles : le tramage (aussi appelé technique du dithering).

Qui de mieux qu’un Nantais dont c’est accessoirement le métier pour illustrer mes propos ? C’est donc Dj Atom* (membre des C2C, de Beat Torrent, quadruple champion du monde de DJ par équipe, producteur et ingénieur du son de formation) que j’ai interrogé sur l’intérêt de l’Hi-Res. Pour lui, cela offre « plus de dynamique et une meilleure restitution des sons à niveau très faible, comme on peut en avoir sur des orchestres classique ou bien dans du mixage pour le cinéma par exemple. Pour la musique actuelle dans laquelle on retrouve finalement assez peu de dynamique, l’intérêt est moindre (en termes de dynamique en tout cas), sauf pour de l’enregistrement (il faut être capable de pouvoir capter les sons très bas ainsi que les sons très haut sans risquer de saturer). Le format de support final étant le 16 bit (ndlr : pour un pressage CD) il est néanmoins important d’ajouter un bruit numérique appelé dither qui, pour faire court, masque le bruit généré par le passage de 24 à 16 bits et détériore de facto la qualité du fichier natif ».

love mathL’échantillonnage a aussi son importance, mais dans une moindre mesure. Le théorème de Nyquist-Shannon démontre le fait que « l’échantillonnage d’un signal exige un nombre d’échantillons par unité de temps supérieur au double de l’écart entre les fréquences minimale et maximale qu’il contient » (source Wikipédia). Pour éviter de perdre la moitié des lecteurs (la moitié qui était au fond de la classe en cours de maths…), je vais vulgariser un peu : partez du principe que si vous découpez la musique 100 fois par seconde ( 100 Hz ), toutes les fréquences au-dessus de 50 Hz passeront à la trappe.

Avec les 44kHz, nous sommes déjà aux limites de l’audible mais les puissances de calculs actuelles nous autorisent à plus échantillonner.

 

*Retrouvez (une petite partie de) l’univers de DJ Atom  :
Clip Down the Road des C2C
2006 DMC World Team Championship Performance
Son SoundCloud
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  • heaven7

    Merci pour cette analyse et ce partage d’expérience.

    Cela fait longtemps que j’essaie de faire la distinction pour trouver une plus-value réelle au 24 bits (au-delà de la théorie, en pratique et seulement pour mon plaisir de l’écoute musicale, pas juste pour me persuader que mon son est mieux…).

    Pour le moment, je n’ai pas réussi à la percevoir… J’ai fait le test avec plusieurs albums de Qobuz, téléchargé en 24 et 16 bits, j’ai un Onkyo NR616, ma stéréo est gérée entre autre par deux enceintes 726V, et j’ai essayé de percevoir la différence en jack (mauvaise idée je sais…), en HDMI (là techniquement je devrais réellement transmettre du 24bits), et avec l’application android d’Onkyo (idem mais le passage par le wifi n’est peut-être pas recommandé ?). Alors se pose la question de la nécessité d’un DAC performant qui pourrait faire la différence.

    Je pense que la prochaine fois que je passerai à Nantes je viendrai pour constater par moi-même la différence.
    Le lecteur réseau Cambridge CX N a attiré mon attention mais ce n’est pas un investissement à prendre à la légère, si je ne suis pas certain de mon « wouhou c’est génial !! », c’est sûr que je n’achèterai rien. Est-ce envisageable de faire des tests en prenant son temps, avec ce lecteur et directement avec l’ampli ?

    Pour le moment mon sentiment est que ceci est indispensable aux pro pour travailler les pistes dans de bonnes conditions et avec toute la latitude en db. Pour le grand public je ne peux m’empêcher de pensée que l’immense majorité a dû plaisir seulement à l’idée de se dire qu’ils ont un son de meilleur qualité, mais qu’au fond ils seraient incapable de faire un blind test en faisant mieux que 6/10… Il va falloir me montrer que j’ai tort pour changer ce sentiment !

    • Laurent J

      Bonjour heaven7 !

      Concernant votre test, plusieurs choses à noter:
      – Le test via la connexion analogique 3,5mm biaise le test car la conversion est alors opérée par le produit en amont (un ordinateur ou un téléphone probablement.. qui ont tous deux leurs limites).
      – Le test via le HDMI: bien vérifier que la platine Bluray (?) envoie du Bitstream à l’ampli (flux binaire non traité).
      – Aucune contre indication concernant le WIFI, au contraire.
      Je vous rejoins sur le fait qu’un DAC performant aurait un réel intérêt mais il ne faudrait pas non plus qu’il se fasse brider par l’ampli. Il s’agit là de déterminer lequel des deux maillons est le plus faible.

      Effectivement, rien ne vaut l’expérimentation et les portes de l’auditorium sont grandes ouvertes. N’hésitez pas à vous munir de vos fichiers Qobuz 16 et 24 Bits que nous pourrons donner à manger au Cambridge CX N. Pour convenir ensemble d’un RDV: auditorium@materiel.net.

      Petite question: Vu que vous disposez d’un amplificateur home cinema, avez-vous déjà testé un versus entre une piste DTS et DTS-HD MA à volume « réaliste » ? Il sera bien plus à même de faire la différence dans ces conditions, à chacun son terrain de jeu !

      Laurent

  • Mik

    Tout d’abord, merci pour l’article. C’est pas si fréquent de voir de bonnes vulgarisations sur le sujet, surtout en français, et celle ci est plutôt bonne.

    « à l’instar de vos yeux, vos oreilles aussi ont le droit à la haute définition »

    Et à tout le marketing qui va avec, quitte à s’affranchir des réalités technologiques. Dans le cas de l’oeil, il a ses limites, la différence entre FHD et UHD est imperceptible si on a pas d’écran suffisamment grand et qu’on est pas assez proche. Dans le cas de l’audio c’est pareil : on peut entendre des choses superbes en auditorium, dans la vie réelle le bruit ambiant suffira déjà à perturber l’expérience.

    Dans le cas de l’oreille, on parle souvent de 20kHz comme la limite haute. En réalité, ça se dégrade rapidement avec les années, et arrivé à 20 ans, il y a déjà peu de chance que vous puissiez entendre correctement des fréquences aussi hautes. Et malgré l’âge du format CD, ça n’a pas changé, et l’échantillonnage à 44,1kHz est toujours largement suffisant (pour l’écoute en tout cas ; certains effets audio peuvent profiter de plus il me semble). Le fait qu’historiquement, on ait échantillonné à des fréquences plus élevées (48k, 96k, 192k…) vient principalement du fait que ça relâche les contraintes sur le filtrage à l’acquisition. Avec le filtrage numérique et les puissances de calculs actuelles, c’est beaucoup moins vrai.

    L’échantillonnage sur 24 bits est très pratique en mastering : moins de risque de saturation, un écart de quelques bits est inaudible… Pour l’écoute, c’est moins évident. Une dynamique que 96dB en 16b, c’est déjà énorme, ça veut dire que le son le plus fort est jusqu’à 4*10^9 fois plus fort que le plus petit son. Du coup 65536 valeurs c’est plutôt « bien et largement suffisant ». Autant dire que ce dernier sera inaudible. Les gars derrière le codec vorbis ont fait un très bon article sur la chose : https://people.xiph.org/~xiphmont/demo/neil-young.html

    Coté perception par contre, le passage en HiRes peut apporter quelque chose. Pas réellement sur ce qui est capté par l’oreille, mais sur ce qui est ressenti. Des tas de tests ont montré que le cerveau est super fort pour modifier notre perception des choses. Quand on dépense 1000€ pour améliorer son système audio, on a envie que ça sonne mieux, et on a va se rendre sujet à un biais de confirmation.

    Pour éviter ces biais, le meilleur moyen c’est le passage par un test ABX. Ceux qui ont été faits ne montrent pas de différence entre la qualité CD et la HiRes : http://www.aes.org/e-lib/browse.cfm?elib=14195. Pour l’anecdote, ce type de test a aussi prouvé qu’un codec avec pertes, passé un certain bitrate, était tout aussi bon qu’un codec sans perte (qui reste meilleur pour l’archivage et faire plusieurs conversions).

    Bref, la HiRes c’est avant tout une histoire de perception, où le marketing a déjà frappé. Le CD, malgré ses 40 ans, n’a pas fait de compromis en termes de qualité audio, et a plutôt sacrifié l’espace de stockage. Le MP3 en a fait beaucoup plus, et aujourd’hui on fait bien mieux : l’OGG vorbis et le codec Opus en sont une parfaite illustration. La capacité de calcul est pas forcément un problème, le traitement audio est bien maîtrisé depuis longtemps, et aujourd’hui ça s’implémente sans problème même sur des microcontrôleurs très contraints.

    En dehors de la discussion HiRes/CD, je suis assez curieux sur les valeurs de distorsion et SNR données par les fabricants, vu que ça a un impact beaucoup plus costaud sur la qualité audio. J’ai l’impression que chaque fabricant donne la/les mesure(s) qui l’arrange (THD, THD+N, SNR…) et a sa tambouille maison pour la mesurer. Si vous avez des infos sur comment les constructeurs gèrent ça, je suis preneur !

    PS : Le test concernant Midnight Blue est caduc : le mastering est différent, et il y aura forcément des différences flagrantes. Le matos n’était pas forcément le même, le temps passé non plus, l’ingé son a une sensibilité différente…
    PPS : Certains disent que la HiRes est mieux parce qu’on ressentirait les ultrasons. Pour l’instant, toutes les expériences montrent le contraire (sauf pour Batman, je suppose).

    • Laurent J

      Bonjour Mik !

      Merci beaucoup pour votre commentaire très pertinent.

      Pour rebondir sur les tests ABX, je ne partage pas ce point de vue. Il n’y a, à ma connaissance, quasi aucun test ABX ayant été concluant concernant la conversion et l’amplification. Cela voudrait donc dire que toute la production actuelle et passée sonne de la même façon.
      Baignant dans ce milieu depuis le plus jeune age, je ne l’envisage pas une seule seconde.
      Je vous encourage à jeter un oeil sur cet article: http://www.anstendig.org/ABTesting.html.

      Sans parler de psychoacoustique, nous n’écoutons effectivement pas qu’avec nos oreilles. Le cerveau est par exemple capable de reconstituer des harmoniques découlant de leur fondamentale. Nous sommes malheureusement qu’au prémices de ce genre d’étude (les plus sérieuses n’ont qu’une dizaine d’années).

      Pour répondre à votre question sur le THD ou le SNR, voici quelques éléments de réponses:
      La plupart des mesures effectuées par les constructeurs, mesures de puissance comprises, sont faites en sortie de borniers sans charge résistive. Dans le meilleur des cas une résistance de 6 ou 8 Ohms est appliquée pour simuler une enceinte mais dans l’absolu ces chiffres sont effectivement à prendre avec des pincettes.
      Si je prends l’exemple de la puissance qui est surement le plus évocateur :
      On fait une mesure en sortie de bornier, sans aucune charge/résistance, avec une fréquence linéaire de 1KHz. Ce genre de mesure ne reflète en rien la capacité de l’appareil à tenir une paire d’enceintes donnée, surtout que le THD n’est pas donné dans ces conditions. Très peu de constructeurs se donnent la peine d’opposer une charge fluctuante comme celle d’une enceinte et d’y faire rentrer un signal sinusoïdal.
      Normalement pour le SNR, ils ne peuvent pas trop tricher pour peu qu’ils respectent « la norme » (6 ou 8 Ohms / 20 ou 25V / TDH <1%). Les écarts sont rarement monstrueux à gamme équivalente.

      PS: L'enregistrement initial, sauf erreur de ma part, a bien été mixé par Rudy Van Gelder. Il a lui même retravaillé son master afin de le rendre disponible à la vente et en a profité pour rééditer le CD dans la foulée. Ceci dit, vous avez raison, j'aurais pu prendre un autre exemple.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Rudy_Van_Gelder

      PSS: Oui l'OGG Vorbis reste le meilleur format de compression. Surtout si on le compare au mp3. Et comme je le soulignais dans l'article, il est vrai que les capacités de calcul ne sont absolument plus un problème depuis un bout de temps déjà.

      • Mik

        Bonjour Laurent,

        Il y a pas mal de choses dans votre message, le mien va donc être assez long, je m’en excuse.

        Je baigne aussi dans le milieu depuis pas mal de temps, d’autant plus que je bosse en électronique/traitement du signal avec notamment quelques expériences sur des sujets audio.

        Au risque de vous décevoir, les tests ABX n’ont pas été concluant pour la conversion et l’amplification (hint: http://tom-morrow-land.com/tests/ampchall/) parce que c’est de l’électronique analogique, qui a évolué beaucoup plus lentement que les circuits numériques. Coté amplification, le gros apport ces dernières années c’est l’amplification classe D, efficace en énergie mais souvent moins bonne en terme de THD. Coté conversion, l’audio n’est clairement pas une priorité. 24 bits ? 192kHz ? Regardez les challenges que posent les télécoms à coté : http://www.analog.com/en/products/analog-to-digital-converters/ad-converters/ad9267.html Il y a récemment quelques avancées intéressantes pour faire de la conversion numérique -> puissance directement, aussi (ex: STA350BW de STmicro). Là où il y a eu de l’évolution, c’est dans l’intégration. en maîtrisant mieux des process de fabrication plus fins, on a pu refaire les mêmes circuis, en plus petit, moins sensibles au bruit, plus économe en énergie pour moins cher.
        Ça ne veut pas dire qu’on entend exactement la même chose : les techniques de mastering ont évoluées, la loudness war est passée par là, et surtout les hauts parleurs ont évolués.

        Tant qu’on reste dans la technique, en relisant l’article, je me suis rendu compte que la définition de Shannon-Nyquist était fausse. Si on applique à votre exemple, les fréquences en dessous de 50Hz sont PARFAITEMENT reproduites. Les fréquences au dessus le sont partiellement, les plus proches de 50Hz étant mieux reproduits. Si les fréquences hautes disparaissent, c’est parce qu’un filtre passe bas est en général appliqué en entrée du convertisseur. Dans la réalité, prendre une petite marge pour pallier aux imperfections du matériel (en général très faibles) est préférable. En audio, on échantillonne donc à 44,1kHz pour une fréquence max de 20kHz, ce qui laisse 2.05kHz de marge. On dépasse donc les limites de l’audible.
        Aussi, la phrase « L’échantillonnage a aussi son importance, mais dans une moindre mesure. » est fausse : on entend bien plus aisément une fréquence d’échantillonnage un peu plus faible qu’un bit depth plus faible.

        J’ai lu avec intérêt l’article sur la critique des tests AB. La proposition faite de réaliser des tests de longue durée (qui sont, au final, juste de très longs tests AB) n’est pas vraiment meilleure, et ramène en plus un biais dû aux habitudes d’écoutes qui s’installent, et à ce qu’on croit entendre (aka, la flopée de biais cognitifs). En somme, la proposition qui est faite, c’est un test AB de longues durée, qui ne ramène que du subjectif. Or, si on veut améliorer quoi que ce soit, il faut déjà être capable de le mesurer objectivement. En termes techniques, on a le SNR, le THD… En termes d’écoute, aujourd’hui on ne sait pas faire mieux que l’ABX, malgré ses défauts (potentiel stress du testé, notamment). Notons que le test proposé s’appuie au final sur une mémoire des sens critiquée comme peu fiable dans la première partie de l’article. La fixation de l’article sur des personnes à l’oreille « dorée » et entraînée pour ce genre d’écoute est également un problème : si on admet que 0.001% des gens peuvent entendre une différence, cela a-t-il réellement un impact pour le reste ? A mon sens, non.

        Là où on se rejoint, c’est que nous avons plus que 5 sens dont nous nous servons. Par contre l’ouïe, elle est plutôt connue. La cochlée peut être assimilée à un micro. Un micro assez mauvais, avec une réponse pas plate du tout, limitée à 20kHz, et avec un SNR assez mauvais (j’ai vu 30dB plusieurs fois cité, pas trop regardé la source). Le cerveau reconstitue des harmoniques en fonction de leur fondamentale captée par la cochlée. Or les fondamentales à plus de 20kHz ne sont pas captées. Utiliser des sons à plus haute fréquence n’apportera donc aucun avantage audible, et il n’est donc pas utile d’utiliser des sons échantillonnés à plus de 44.1/48kHz (sauf cas de traitement du son/mastering particulier). Pire, l’utilisation de fréquences d’échantillonnage plus élevées à des défauts importants : « poids » des données plus gros (et donc charge sur le réseau*), et surtout le potentiel de créer des produits d’intermodulation en injectant des fréquences trop élevées dans l’étage d’amplification. Pour au final que les fréquences éleves soient naturellement filtrées par les hauts parleurs…

        Évidemment, ça ne veut pas dire que l’audio numérique est figée et ne va pas évoluer. L’un des axe souvent exploré, c’est la spatialisation du son (ex: son binaural, 3D…) tout simplement parce que ça fait appel à la capacité instinctive à capter l’origine d’un son, que certains considèrent d’ailleurs comme un sens. Mais ça, c’est un défi complexe, qui requiert de la R&D et donc des sous.

        Et les sous, c’est aussi une origine du problème. Fabriquer des composants 24b/192kHz, c’est devenu pas cher du tout. La plupart des codecs intégrés le gère, et on a presque plus de mal à trouver des composants 16b/48kHz. Un autre avantage de ces composants, c’est qu’on ne les fait pas travailler à leur limite en qualité CD. C’est pas cher, et surtout ça permet de rajouter une grosse ligne « Hi-Res audio » sur la plaquette marketing, sans dépenser en R&D. Éventuellement, des pré-amplis comprenant des traitements numériques pourraient bénéficier d’un passage au 24 bits, même si je doute fort que la différence soit audible.

        Bref, de mon point de vue, la révolution « Hi-Res », c’est surtout beaucoup de marketing sans apporter grand chose. Les alternatives pour réellement améliorer la qualité d’écoute, ce serait de jouer sur la spatialisation du son, voire carrément de créer des illusions auditives pour donner l’impression d’une meilleure qualité.

        *Ça peut paraître bizarre : un flux audio à 1 ou 2 Mb/s, ça change vraiment grand chose à l’échelle du réseau ? Vu qu’on commence à parler de plus en plus de saturation sur le cœur de réseau, oui, ne pas transmettre de données inaudibles, c’est important.

        PS : Donc on est d’accord, ce n’est pas le même master, et pas vraiment un bon point de comparaison :p

        • Laurent J

          Hello Mik,

          Merci beaucoup pour l’intérêt que vous portez à cet article. Cet échange est à la fois passionnant et enrichissant.

          Concernant le théorème de Shannon-Nyquist, je me permets de paraphraser:
          « Tant qu’on reste dans la technique, en relisant l’article, je me suis rendu compte que la définition de Shannon-Nyquist était fausse. Si on applique à votre exemple, les fréquences en dessous de 50Hz sont PARFAITEMENT reproduites. Les fréquences au dessus le sont partiellement, les plus proches de 50Hz étant mieux reproduits. »
          C’est bien ce que j’ai écrit: Les fréquences en dessous de 50Hz sont effectivement reproduites mais pas celles au dessus (ou en partie).
          Même chose pour: « En audio, on échantillonne donc à 44,1kHz pour une fréquence max de 20kHz, ce qui laisse 2.05kHz de marge. » Nous sommes là aussi d’accord: on dépasse donc les limites de l’audible comme précisé dans l’article 😉
          C’est en ce sens que je dis qu’à partir d’un taux d’échantillonnage assez élevé, il vaut mieux miser sur la profondeur de bit. Pour forcer le trait, je préfère un fichier 24/44.1 à un fichier 16/192.

          Ravis de voir que vous mettez en avant la « conversion PWM ». J’ai moi même, à titre personnel, deux amplificateurs numériques (FDA), un à base de STA326 et l’autre de TAS5614LA (vous voyez surement de quels modèles je parle ;-)). Ce qui ne m’empêche pas aussi de « rouler en pure class A ». Je pense sincèrement que c’est l’avenir: enceintes actives sans DAC et avec ampli numérique intégré et lecteur réseau. Cela permettrait d’éviter le comportement aléatoire de ces amplis en fonction du comportement des filtres des enceintes.

          Je me permets de citer également ce passage:
          Bref, de mon point de vue, la révolution « Hi-Res », c’est surtout beaucoup de marketing sans apporter grand chose. Les alternatives pour réellement améliorer la qualité d’écoute, ce serait de jouer sur la spatialisation du son, voire carrément de créer des illusions auditives pour donner l’impression d’une meilleure qualité.
          Je vous trouve dur.. mais réaliste. C’est pour cette raison que j’ai fait le distinguo entre hi-res et Hi-Res. L’écusson cousu d’or ne suffit pas. C’est donc du marketing MAIS pas que 😉 Un peu comme tout en fait.. la vie est faite de nuance de gris.

          ps: Pour la spatialisation, il faudrait déjà expliquer à bon nombre d’ingénieur du son ce qu’est une inversion de phase et comment on l’exploite sans forcément parler de technique binaurale et transaurale.

          ps2: Si vous voulez continuer à échanger sur la partie purement technique ou sur les FDA, ça sera avec grand plaisir (m0juba@protonmail.com)

  • Tazdark

    Bonjour,
    Je me suis toujours posé la question sur mon passage en Hi-res ou pas.
    Quand je veux une musique en haute qualité, je l’achète en vinyle. (comme ça pas de problème de compression.) Pour l’emporter avec moi, j’enregistre le flux audio enregistré par la platine en Wave via le logiciel Audio Studio 9 de Sony et par la prise Usb de ma platine vinyle.

    Ma platine : ps-lx300usb de Sony
    Quand j’écoute ma musique chez moi, j’ai une carte son Asus Essence STXII avec un MMX300 de Beyerdynamic.
    Est-ce que je gagnerai en qualité à acheter un Dac externe ou un ampli pour relier ma platine dessus (et enregistrer le flux sortant du Dac/ampli) ?
    Je demande car je n’ai pas de prise RCA pour relier ma platine à mon ordi et je me demande si le fait de passer par l’usb ne détériore pas la qualité.

    Merci pour vos lumière et pour cet article bien sympathique.
    Tazdark

    • Laurent J

      Bonjour Tazdark !

      Je n’ai jamais eu votre platine entre les mains mais étant faite pour l’acquisition, je pense que l’économie a été faite sur la partie conversion.
      Il y aura très certainement une plus-value à intercaler un DAC externe si vous l’attaquez en analogique (RCA). Reste à voir dans quel mesure car j’ai bien peur qu’il se fasse brider par votre platine. Il serait judicieux de tester le DragonFly Red de Audioquest dont je parlais dans le billet. À voir si le jeu en vaut la chandelle. Pour être tout à fait honnête, de mon point de vue, il serait dommage d’acheter un DAC uniquement dans cette optique là. De plus, cela ferait doublon avec votre carte Asus qui est tout à fait correcte.

      Concernant vos doutes sur l’USB, à qualité d’intégration équivalente, c’est aussi bon que l’optique ou le coaxial.

    • Laurent J

      À noter que vous pouvez d’ores et déjà améliorer sensiblement la qualité de vos acquisitions en respectant les choses suivantes:
      – Bien préparer vos vinyles en les nettoyant et en en retirant l’électricité statique (bien souvent une petite brosse est livrée et prévue à cet effet).
      – Veiller à ce que la cellule soit bien mise en œuvre en respectant le grammage indiqué (si cela est possible).
      – Évitez d’utiliser le PC pour minimiser le bruit généré par les composants pendant la capture (certains chipsets USB sont très sensibles à cela, j’ai déjà rencontré le cas de bruits numériques désagréables générés par le déplacement d’une souris !).
      – Ne pas hésiter à numériser en 24/96, les logiciels le permettent tous ou presque et ça ne coute rien.

      Vous m’indiquez numériser en WAVE mais vous pouvez tout à fait le faire en FLAC afin de gagner un peu de place sans perte de qualité.